ISC Paris
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Édito

L'oral n'était pas archaïque, il était en avance

PB

Pierre Barreaud

AI Transformation Officer, ISC Paris · 17 août 2026

« Mieux vaut une tête bien faite qu'une tête bien pleine. » Montaigne

Le vrai problème n'est pas que les étudiants trichent. C'est que le mot « tricher » ne veut plus rien dire. Quand une machine rédige en quelques secondes une dissertation honnête, une étude de cas propre, un rapport bien charpenté, le devoir rendu ne prouve plus rien de celui qui le rend. Nous avons passé des siècles à noter un produit fini en croyant y lire un esprit. Le produit fini vient de devenir gratuit. Le correcteur qui note une pile de copies fabricables par une IA ne mesure plus un savoir. Il tamponne un artefact.

Le produit était un indice, il vient de casser

Une copie n'a jamais été le savoir. Elle en était la trace, un indice indirect, un pari raisonnable : celui qui produit un bon texte a probablement compris. Tout notre appareil d'évaluation tient sur cette corrélation silencieuse entre l'objet rendu et l'esprit qui l'a fabriqué. L'IA rompt le lien. Elle produit la trace sans l'esprit, l'indice sans la cause. Noter le livrable revient à noter la sortie d'un modèle, pas le travail d'un étudiant.

Ce n'est pas une fraude marginale à sanctionner. C'est le socle de la mesure qui se dérobe. Continuer à noter des rendus écrits produisibles en une requête, c'est prendre la fièvre avec un thermomètre cassé, puis gronder le patient.

Ce qui ne se délègue pas se voit en direct

Reste ce que la machine ne peut pas venir passer à la place de l'étudiant : le jugement en situation. On génère un mémoire, on ne génère pas l'aplomb de le défendre sous la contradiction. On produit une recommandation, on ne produit pas le sang-froid de la tenir quand un jury la démonte. L'oral, la soutenance, la mise en situation, la décision prise à voix haute devant témoins : ce sont les rares formats où le savoir cesse d'être un objet transportable pour redevenir un acte, ici, maintenant, non délégable.

Là, la question du meilleur prompteur ne se pose même plus. L'oral en tranche une autre, la seule qui vaille encore : qui a compris et qui a récité. Devant un jury qui relance, coupe, déplace le problème, la connaissance d'emprunt se fissure à la première question imprévue. Le savoir récité tient sur un texte que l'on a sous les yeux ; le savoir compris tient debout tout seul, quand on lui retire le texte.

L'oral n'était pas archaïque, il était en avance

Nous avions rangé l'oral au magasin des reliques : lourd, subjectif, impossible à passer à l'échelle, vaguement médiéval. Le mot est juste. La disputatio faisait défendre une thèse devant des contradicteurs, et nul ne confondait le parchemin recopié avec la pensée éprouvée en public. Nous avions seulement oublié pourquoi. L'IA nous le rappelle sans ménagement : le format le plus ancien est le seul qu'elle ne sait pas passer à notre place. Ce que nous prenions pour un archaïsme était une avance de plusieurs siècles.

Le métier bouge autant que l'épreuve. Moins de rendus qu'une machine fabrique seule, plus de rencontres où le jugement se donne à voir. La charge du correcteur se déplace : elle quitte la pile de copies interchangeables pour l'écoute d'un esprit qui pense devant nous. C'est plus lent, plus exigeant, moins « scalable ». C'est surtout la seule chose qui reste vraie.

À l'ISC, nous ne pleurons pas la copie qui meurt. Nous rouvrons la salle où l'on défend ce que l'on avance. La tête bien faite de Montaigne ne se lira plus sur une page que la machine sait écrire à notre place ; elle se voit à celui qui tient sa thèse debout, en direct, sans filet, sous la contradiction d'un jury. La machine sait déjà répondre. Notre travail commence là où il faut répondre de soi.

Édito co-écrit avec Claude (Anthropic).

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Édito de l’AI Transformation Office, ISC Paris.